Extrait 1
Cette année-là, je portais des lunettes rondes et j’avais les cheveux mi-longs, presque à hauteur des épaules. Pour être tout à fait franc, j’étais un garçon assez banal physiquement, grand, mince, cheveux châtain, yeux marron. Mais même si j’admirais beaucoup Lennon, je préférais qu’on établisse plutôt le parallèle avec mon aïeul Edmond Dantès, le fameux comte de Monté-Cristo, qui m’avait transmis sa fougue et sa persévérance, ainsi que d’autres qualités comme l’ardeur, la passion, la sensibilité, la tendresse et la rêverie, tandis que je n’avais pas le quart du talent du regretté garçon dans le vent. J’estime d’ailleurs avoir eu une vie plus analogue à celle de mon ancêtre, qui a consacré la sienne exclusivement à la réalisation d’un but suprême. »
- Edmond Dantès ! dis-je. J’ai souvent entendu ce nom-ci. C’est de lui, je crois, que me vient mon horloge. Je crois même qu’une histoire a été fabriquée à son sujet.
- Fabriquée ?! Euh… oui, en effet, par Alexandre Dumas.
- Je ne crois pas, non… je me la suis procurée il y a trois ans à peu près… attendez. Oui, ça me revient, c’est un certain Toshisonic qui l’a conçue. En tout cas, l’histoire est très jolie, pleine de suspense et de rebondissements. Je l’ai acervelée de nombreuses fois.
- Acervelée ??? Mais qu’est-ce que cela veut dire ?
- Mais quel ignare ! Regardez : vous prenez votre appareil Toshisonic, vous en rentrez les extrémités dans vos oreilles, et vous le branchez comme ceci sur votre crâne. Ainsi, vous écoutez l’histoire tandis que les ondes projetées vers votre cerveau vous permettent de la visualiser.
- Mon dieu ! fit mon inconnu, les livres n’existent donc plus ? Quelle époque de vandales. Et cet instrument barbare, c’est donc cela le progrès ?
- Excusez-moi, vous avez dit : les… quoi n’existent plus ?
- Passons, si tu veux bien.
Extrait 2
- Dix mille quoi, vous dites ?
- Francs. Ah oui ! J’avais oublié qu’on avait changé entre-temps. Le franc était la monnaie en vigueur en France au vingtième siècle. Mais, ma parole ! On ne vous apprend rien du passé maintenant !
- Le passé est passé et nous importe peu.
- Mais quelle drôle d’époque ! Au fait, juste par curiosité, vous avez toujours l’euro comme monnaie ?
- L’euro ? C’est quoi ?
- Sans blague ! Vous avez encore changé de système monétaire ?
- Je ne sais pas, depuis que je suis né, je n’ai jamais utilisé que des yuans pour régler mes achats.
- Des yuans ??? Je crois que j’ai loupé un épisode. Que s’est-il passé, au juste, tout au long de l’histoire au 21e siècle ?
- Mais, je n’en ai aucune idée ! On ne nous apprend pas l’histoire politique. Tout ce que je sais, c’est que tout va bien. Ici, en France, l’un des départements les plus riches de la république capitaliste de Chine…
- Quoi ????? m’étranglé-je. Bon, Gérard, je crois que j’ai compris. N’en rajoute pas. Je suis bien heureux de m’être envolé tout ce temps. Je continue mon récit quand même ?
- Oui, continuez, ça me distrait, même s’il est un peu plat.
- Je te remercie pour tes commentaires !
Extrait 3
J’étais dans mon premier sommeil lorsque, à minuit pile, j’entendis des coups de klaxon répétés, qui semblaient provenir de devant la porte d’entrée de mon immeuble. Il y eut un arrêt d’une minute, puis les sons discordants émanant de l’organe du véhicule retentirent à nouveau, durant bien trente secondes, sans discontinuer. Je me dis que sans doute une voiture gênait, et que son propriétaire était impatiemment attendu pour la déplacer. Quand ce petit manège se fut poursuivi une dizaine de minutes, excédé, j’eus envie d’aller instruire ce gêneur nocturne de ma façon de penser à propos de son comportement un tantinet bruyant. Après avoir enfilé ma gabardine et une paire de baskets, je descendis avec la ferme intention de faire cesser ce vacarme nocif à mes tympans endormis, ainsi qu’à mes nerfs décidément mis à rude épreuve ces derniers temps. Arrivé dans le hall d’entrée, je vis une petite voiture rouge, tous feux allumés, qui stationnait dans la contre-allée, en double file, et qu’aucun véhicule ne semblait importuner. On m’avait toujours conseillé de m’occuper de mes affaires, surtout à une heure aussi avancée, mais je ressentis une irrésistible envie d’aller extérioriser ma haine accumulée en passant mes nerfs sur ce musicien de pacotille. Tandis que je m’avançais vers l’automobile sommeillicide, les coups de stentor s’arrêtèrent net, et j’entendis un déclic, comme on peut en entendre à la télévision lorsqu’un bandit brandit son arme pour tirer. Je reculai d’un pas, par réflexe ; mais ce n’était que le déclic de la poignée de la portière du conducteur, qui s’ouvrit. Malgré la fatigue, j’ouvris moi aussi les portières de mes yeux. Il me fallut les ouvrir bien grands pour reconnaître la personne qui avait importuné tout le quartier. C’était Messaline… Probablement tourmentée par ma froideur au téléphone, elle était venue en personne pour s’expliquer de son comportement et d’autres choses.
Extrait 4
- Alexandre, je suis séropositive.
Comment décrire ma réaction ? Je fus abasourdi ; j’eus l’impression d’être foudroyé par ses mots. Je ne voulais pas croire ce que je venais d’entendre. Et pourtant… Cette phrase était consternante de sincérité. Après deux minutes sans prononcer le moindre mot, je ne sus quoi dire d’autre que ce qui voulut bien sortir de ma bouche.
- Depuis quand ?
- Je le sais depuis juin. J’ai contracté le virus pendant les vacances de Noël dernier.
- Mais comment est-ce arrivé ?
- Tu te rappelles le jour où tu es venu me rejoindre dans ma chambre universitaire, j’étais toute endormie, j’avais oublié qu’on devait se voir ?
- Oui, quelle mauvaise surprise ce jour-là.
- Encore plus que tu ne le penses. En fait je ne me rappelais pas du tout ce que j’avais fait la veille. Ce n’est que bien des semaines suivantes, au fur et à mesure, que des bribes de souvenirs me sont revenues en mémoire. J’étais allé à une soirée étudiante avec Rébecca. Là-bas, il y avait Messaline, ainsi qu’Alexis et Adolphe. C’est là que j’ai fait sa connaissance, alors que lui semblait me connaître depuis longtemps. Il a passé la soirée à me draguer, à me dire que ça faisait des mois qu’il avait flashé sur moi. Je lui résistais, ce qui n’était pas dur vu qu’il ne me plaisait pas, et que j’étais attirée par toi.
- Pourtant, ton comportement vis-à-vis de moi cette semaine-là était bizarre ; tu semblais parfois effrayée.
- Messaline m’avait dit plein de monstruosités sur toi. Et j’ai compris, bien trop tard, que son but était de t’éloigner de moi et que je me jette dans les bras d’Adolphe – ces deux-là sont deux monstres. Voyant qu’il ne parviendrait pas à ses fins, il s’est éloigné. Il est revenu cinq minutes plus tard avec deux verres ; il m’a incité à boire, et après ce fut le trou noir. Je ne me suis plus rendu compte de rien. Je me suis réveillée le lendemain matin dans mon lit… Tu es venu quelques heures plus tard. J’avais tellement honte de mon état lamentable que je t’ai raconté n’importe quoi. Je n’ai su que bien des semaines plus tard qu’en fait il m’avait droguée – il avait dû mettre quelque chose dans mon verre – qu’il avait passé la nuit avec moi, et qu’il avait profité de mon état pour me baiser, tu te rends compte ? Quand j’ai compris la situation, j’étais mortifiée.
- C’est pour ça que tu avais l’air si malheureuse pendant les premiers mois de l’année.
- Oui, Alexandre. J’ai fait à tout hasard le test de dépistage du SIDA en mars, et je n’avais rien. Mais on m’a dit qu’il fallait en fait attendre six mois pour détecter quelque chose. Je l’ai repassé en juin, et là, on a trouvé que j’étais atteinte du virus… J’ai retrouvé Adolphe par hasard, il m’a avoué qu’il avait le SIDA, et qu’il ne s’était pas rendu compte qu’il avait oublié de mettre un préservatif. J’ai manqué de lui griffonner le visage, mais il m’a dit qu’il se moquait de tout, qu’il était à la fin de sa vie, ce qui était vrai d’ailleurs. J’ai appris son décès en revenant de vacances. Ça ne m’a pas ému de l’apprendre. Personne n’est au courant de ma maladie ; tu es le premier à l’apprendre.
- Mon dieu ! C’est donc du SIDA qu’est mort cette ordure ! Et il te l’a refilé, à toi, mon amour !
Extrait 5
Arrivé à l’entrée, l’un d’eux me dit :
- Monsieur Dantès ?
- Oui, c’est moi.
Ils sourirent et me répondirent :
- Avez-vous la petite boîte sur vous ?
Surpris par cette question, je ne cherchais pas à comprendre et répondis que je l’avais. Je la cherchai machinalement dans les poches de mon pantalon, quand je me rendis compte que j’étais nu, absolument nu ! Les chérubins éclatèrent de rire ; l’un d’entre eux me parla.
- Claquez des doigts et ouvrez votre main gauche.
Je m’exécutai, et le petit écrin apparut dans ma main gauche.
- C’est bon, vous pouvez entrer !
Ils me poussèrent de force à l’intérieur, malgré mon insistance à recevoir des explications. Une voix sourde et lointaine me dit :
- Cessez de vouloir toujours tout comprendre ! Sinon, vous ne vous en sortirez jamais.
Je suivis cet ordre. J’entrai et me promenai à l’intérieur. Il n’y avait rien ni personne, rien que des nuages et le ciel à perte de vue. Cependant, après m’être enfoncé assez loin, je crus distinguer une silhouette à l’horizon. En m’approchant, je commençai à la discerner plus précisément. Elle était toute immobile. Puis je la reconnus, et j’eus le plus grand choc de ma vie : c’était elle ! ! ! Pourtant, j’avais du mal à l’admettre. Dans quel monde avais-je atterri – si je pouvais m’exprimer ainsi ?
A ce moment-là, le livre est encore loin d’être terminé ! Alexandre n’est pas au bout de ses surprises. Issue fatale ou heureuse ? Pour connaître la suite, lisez Blue Eyes, à commander à la Fnac, en librairie, ou sur internet (Fnac.com, Alapage.com, Amazon.fr…).



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